Constellation

Poésie. Célébrations élégiaques et autres abîmes.

Lettre qui dit tout de ce que je ne te dirai jamais

Je brûle de t’écrire.

Je me l’interdis. Je ne veux pas me donner le droit de briser une distance que tu m’as réclamée en me disant ton engagement avec un autre.

Ces mois au cours desquels nous nous sommes croisés, si peu, si vite, je les ai vécu au ventre, de désirs, d’espoirs, et d’angoisses.

Je t’ai guettée, espérée, admirée ; je devinais dans l’aura de ta démarche gracieuse un lyrisme délicat et authentique qui ne peut que se vivre à défaut de se décrire.

J’ai vécu avec l’Attente.

Celle qui dessine, dans un romantisme absolu, les instants si longtemps espérés ; lesquels, à leur apparition, se révèlent sublimes, en appelant d’autres à suivre encore.

Ta réponse n’a pas fait état de quelconque réciprocité.
Je ne sais si c’était là une manière de m’éconduire avec précaution, l’expression de cette bienveillance que je t’ai vu avoir en toute circonstance, une forme d’altruisme véritable conférant à mes yeux la plus belle forme d’élégance qui soit et qui a terminé de me séduire dans ta manière d’être.

Je ne sais pas davantage si c’est la surprise de ma demande prématurée, sans soute maladroite, qui t’a embarrassée au point de fuir une parade dont le rythme devenait tout à coup trop rapide.

Cette question persiste dans mon esprit, malgré moi, et sûrement est-ce inapproprié, mais la partition est vide désormais, et j’ai tant envie de la poursuivre ; est-elle pour autant terminée ?..

J’avais repéré ce parc immense que tu dois connaître. Nous aurions profité de son parcours sans fin pour accorder nos pas, brûler furtivement de nos regards, et laisser le temps qui nous avait jusqu’ici empêché nous dépasser pour de bon.

J’aurais aimé que nous nous échappions dans une parenthèse informelle, pour marcher vers le retrait du jour déshabillé par les lumières rasantes de l’automne.
Que le crissement des feuilles à notre passage dise dans un rythme gnossien les mots qui m’auraient manqué.
Qu’au delà de nos paroles, se révèlent à toi la sincérité et la puissance de ce sur quoi je n’arrive pas à mettre de mot.

J’aurais voulu savoir qui tu es. Dans ton entièreté.

J’aurais aimé t’apprendre, par coeur, me perdre en toi, que tu m’envahisses, et peut-être de manière présomptueuse, que tu t’abandonnes.

J’aurai voulu te dire que jamais je n’avais fait cette démarche pour quiconque auparavant, personne jusque là n’ayant autant suscité chez moi la nécessité de l’audace et du risque du péril.

9 commentaires sur “Lettre qui dit tout de ce que je ne te dirai jamais

  1. ecrimagine
    1 février 2020

    Magnifique lettre remplie d’émotions, de souffrance et d’amour. Les photos aussi sont jolies, lumineuses, rayonnantes comme la souffrance qui perce au travers de ces mots qui ne seront jamais entendus.

  2. Frédéric Dessault
    26 mars 2020

    Encore une fois, votre écriture est rayonnante d’émotions. Bravo ! J’aurais voulu savoir également si vous m’autoriseriez à lire deux de vos textes et à présenter votre blog pour le compte Facebook de la bibliothèque Cavanna de Nogent-sur-Marne, le but étant de faire découvrir de nouvelles plumes à nos lecteurs.

    • kwaye
      27 mars 2020

      Merci beaucoup !
      Bien évidemment, c’est avec grand plaisir !

      • Frédéric Dessault
        16 avril 2020

        Bonjour.
        Ciel, j’ai oublié de vous prévenir… La vidéo est en ligne sur la page Facebook de la bibliothèque Cavanna de Nogent sur Marne depuis quelques jours déjà, si vous souhaitez aller y jeter un oeil. 😊
        M’autoriseriez-vous à la partager également sur mon blog ?
        Vous souhaitant une très bonne journée.

      • kwaye
        16 avril 2020

        Bonjour, c’est sympa de votre part. Bravo pour la lecture, très réussie. Si vous souhaitez partager c’est avec plaisir, merci sincère pour votre intérêt et votre mise en lumière d’auteurs invisibles ou anonymes 🙂

      • Frédéric Dessault
        16 avril 2020

        Un grand merci à vous. 😊
        Bonne soirée.

  3. laplumefragile
    27 mars 2020

    C’est une belle écriture qui s’étale devant les yeux. On y découvre les affres de l’amour, la gageure de la réciprocité (vécue peu ou prou). Votre texte m’a beaucoup plu. Merci d’être passé (par hasard sans doute) par mon blog, où je vous ai rencontré. La balade pourra peut-être se poursuivre, ici ou ailleurs, qui sait ?

  4. kwaye
    27 mars 2020

    Merci. Heureux que vous ayez aimé, et je vous retourne mes compliments pour votre blog, que j’ai pris plaisir à parcourir. Ataraxie est superbe !

  5. patchcath
    11 avril 2020

    Bien jolie lettre, belle écriture, le désespoir est grand, l’amour y est fort. Merci d’être passé sur mon blog, ce qui m’a amenée ici, et je ne regrette pas 😉

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Cette entrée a été publiée le 25 janvier 2020 par dans Textes & Poésie, et est taguée .

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